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Ace of Spades : carte sur table

Publié le 12 juin 2026

Traversez la pièce d’un pas lent. Choisissez une table un peu fatiguée, de celles qui ont déjà été renversées trop souvent. Installez-vous. Posez un verre près de vous — la nature du liquide ambré qu’il contient ne regarde que vous — puis ouvrez la boîte.

Ne vous alarmez pas si vous sentez aussitôt monter des effluves de vent chaud, de poussière et de poudre à canon. Ce sont simplement les premiers signes du délicieux enfer que vous allez traverser. Quelques notes de musique, lointaines mais entêtantes, s’accrochent à votre esprit.

Vos mains mélangent les cartes. Le duel a déjà commencé.

Tout cela, c’est l’ADN d’Ace of Spades.

Ace of Spades, c’est avant tout un moment que vous allez passer avec vous-même. Alors autant vous installer comme il se doit, vous mettre dans le bon mood, et vous préparer à affronter les ennemis qui se dresseront sur votre route.

Certes, vous allez poser des cartes et compter des points. Mais chaque carte jouée sera aussi une balle tirée dans la poussière, chaque point de vie perdu une tache sombre sur une chemise en lin poisseuse, et chaque partie, gagnée ou perdue, un moment brûlant comme le désert, avec le petit frisson glacé de l’adrénaline dans le dos.

Oui, d’accord, mais c’est quoi Ace of Spades ?

Ace of Spades, chers disciples de John Marston et Bret Maverick, est un jeu de cartes solo et coopératif dans lequel vous devrez vaincre une série d’ennemis en réalisant des combinaisons de poker.

Concrètement, vous disposez de 8 cartes en main ainsi que d’un certain nombre de défausses pour tenter d’obtenir des paires, des brelans, des suites, des couleurs, voire des combinaisons encore plus fatales. Chaque ennemi indique combien de mains vous avez le droit de jouer contre lui, et combien de fois vous pouvez défausser des cartes pour améliorer votre tirage. Plus votre combinaison est forte, plus vous affaiblissez l’ennemi. Et si elle comporte des figures ou des As, vous créez des dégâts supplémentaires.

Chaque adversaire vaincu vous offre ensuite un pouvoir que vous pourrez activer plus tard dans la partie, rendant vos cartes de plus en plus redoutables au fil des duels. Et c’est une bonne chose, car les ennemis affrontés deviennent eux aussi de plus en plus dangereux. Certains sont même protégés par des capacités franchement enquiquinantes : l’un sera immunisé contre les carreaux, l’autre ne pourra être blessé que par un As de Pique, un troisième vous interdira d’utiliser des brelans.

Il faudra donc optimiser votre main, gérer vos pouvoirs, choisir le bon moment pour tenter le gros coup, et garder suffisamment de ressources pour assouvir votre vengeance contre le boss final.

Un énorme plaisir solo

Ceux qui me connaissent un peu le savent déjà : je suis addict aux jeux solo. Et, clairement, Ace of Spades est l’un des jeux que j’attendais le plus cette année.

Ce concept simple — battre des boss avec des mains de cartes — n’est pas entièrement nouveau. Coucou, Régicide. Mais la possibilité de le faire avec des combinaisons de poker avait, pour moi, quelque chose d’immédiatement prometteur.

Alors oui, je sais ce que vous allez me dire : cela existe déjà en jeu vidéo avec Balatro. Et c’est vrai. Mais Ace of Spades propose autre chose. Quelque chose de plus tactile, de plus théâtral, de plus immédiatement cinématographique.

Balatro calcule, explose, multiplie, optimise. Ace of Spades, lui, vous laisse mélanger vos cartes, retenir votre souffle, puis les révéler une à une en espérant voir apparaître LA figure qui changera tout. Combien de fois me suis-je surpris à retourner mes cartes lentement, en pleine dramaturgie de saloon, comme si j’étais sur le point d’abattre ma dernière carte face à une table silencieuse ? Combien de fois ai-je pris soin de bien dissimuler mes cartes avant de les révéler, comme un collectionneur de TCG dans la fièvre d’ouverture d’un booster ?

Ace of Spades, c’est cela : un concentré d’émotions fortes et de probabilités, d’ascenseur émotionnel et de gestion de pouvoirs. Mais plus que tout, c’est le plaisir de mélanger les cartes en rêvant à une quinte flush sortie de nulle part, avec l’envie ridicule — mais parfaitement assumée — de les balancer sur la table au ralenti.

Ce que le jeu est… et ce qu’il n’est pas

Soyons clairs : Ace of Spades ne parlera pas forcément à tout le monde de la même manière.

Les joueuses et joueurs qui cherchent avant tout un pur exercice statistique pourront n’y voir qu’un boss battler avec un certain pourcentage de chances de scorer à chaque main. Les hardcore gamers de Balatro, eux, pourront le trouver trop léger face aux innombrables possibilités de customisation du jeu vidéo.

Et à eux, j’ai envie de répondre qu’un vrai Balatro-like en version physique serait sans doute une très, très grosse boîte remplie à ras bord de stickers, de sleeves et de cartes inutilisées.

Ace of Spades n’est pas cela.

Il est plus simple, plus direct, plus rugueux. Il ne cherche pas à reproduire toute la folie combinatoire du jeu vidéo. Il propose autre chose : un plaisir de cartes, de tension, de révélation. Un jeu qui tient autant dans ses choix que dans son ambiance, autant dans ses probabilités que dans la manière dont on a envie de les vivre.

Un de mes jeux de… cœur

Aux autres, donc — celles et ceux qui aiment le tactile, le drama, les sensations simples mais fortes, et cette capacité qu’a parfois un jeu à vous projeter dans un univers en quelques cartes — j’ai très envie de dire : essayez Ace of Spades.

Pour moi, il fait partie de ces jeux de cœur chez IELLO, aux côtés d’un Eila, d’un Ascension Tactics ou d’un Piège Obscur : des jeux portés par une thématique forte, capables d’ouvrir une porte vers un monde immédiatement identifiable. Ici, un dark western un peu gothique sur les bords, poussiéreux, poisseux, traversé de duels, de vengeance et de mauvaises rencontres.

On notera d’ailleurs qu’Ace of Spades cache aussi un véritable jeu dans le jeu, avec des illustrations qui débordent de références au western… et au heavy metal. Mais ça, je vous laisse le plaisir de les traquer vous-mêmes.

Bref, comme vous l’aurez compris, j’aime ce jeu d’amour. J’espère sincèrement que vous aurez plaisir à vous y essayer, que ce soit en festival, en bar à jeux ou — encore mieux — dans l’arrière-salle d’un saloon un peu douteux.

Je sens bien que vous êtes intrigués, alors je vais m’arrêter là.

« Quand on tire, on raconte pas sa vie », disait Tuco. Une leçon que je vais tâcher de m’appliquer immédiatement.

Bang bang, et à très vite.

Olivier_by_IELLO

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Ace of Spades

22 Mai 2026
Créé par : Benja Armorin
Illustré par : David Rubin
14+
40mn
1-2